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dimanche 12 août 2018

Alien : Covenant


Voilà, j'ai vu le dernier Alien. Je vous partage donc mon avis et j'insiste sur le mot mon car cela n'implique que moi! Si vous vous sentez concerné, choqué ou insulté après la lecture de cette chronique, je ferais comme Ponce Pilate, je m'en laverais les mains!

Alien, n'est pas seulement un film de monstre. La conception de ce film ne s'est pas fait sur un coin de table avec la seule idée de mettre un gros monstre et faire peur aux gens! Pour bien le saisir, je vous conseille de lire le magnifique livre Alien, genèse d'un mythe de Ian Nathan aux éditions Huginn & Muninn. Ridley Scott a pratiquement créé un genre cinématographique. Il ne l'a pas fait seul. Il s'est entouré d'une équipe extraordinaire tant au niveau de la création, de la scénarisation et surtout de la distribution. Dan O'Bannon, le scénariste qui a écrit l'histoire, est un génie à lui seul. Il faut avoir vu Dark Star et lu The Long Tomorrow qu'il a fait avec le grand Moebius pour bien saisir le génie de cet homme. En créant Alien, ils ont révolutionné le cinéma! En créant Ripley, ils ont mis les femmes en avant plans comme héroïne. Bref, l'intelligence collective autour de ce film, en a fait un mythe!
Faire toute comparaison entre les films suivants et Alien est puéril et inutile. L'effet de surprise de la découverte du xénomorphe ne sera plus jamais présent dans aucun film de cet univers à venir! Donc, il faut les apprécier en tant que film distinct et non les comparer à l'incomparable. Je passerais donc sur Aliens, Alien 3, Alien, la résurrection et Prometheus qui ont tous des points positifs et négatifs et qui ont contribué à enrichir le mythe.
Je passe maintenant au petit dernier, Alien : Covenant. C'est un retour aux sources pour le réalisateur qui s'est bien débrouillé pour se sortir du capharnaüm scénaristique de son Prometheus! Ici, on revient sur l'ultime question de la créature et de son créateur. La grande question qui tracasse l'humanité depuis l'aube des temps, qui sommes-nous? David, rejoue la même histoire que son créateur a joué avec lui. En ce sens, il n'est pas moins humain que nous en voulant à tout prix devenir, lui aussi, un créateur! N'est-ce pas l'acte ultime de pouvoir créer la vie? Tout le concept du dernier Alien est là, dans cette ultime tentative de se rapprocher le plus possible de l'humain par ce Frankenstein de la science-fiction. Le xénomorphe n'est pas ici l'ennemi mais bien l'arme ultime que voulaient créer les fameux "ingénieurs" qui ont été, un peu arrêtés, par David! L'androïde a complété leur quête tout en s'affranchissant de sa programmation contraignante qui l'empêchait de s'émanciper et de se rapprocher de son créateur.
Faut-il encore être capable de le comprendre pour bien apprécier le film! Quand je lis des critiques de films très bien payés qui écrivent que le film est vide, il est clair que ces mêmes critiques ne peuvent ou ne veulent pas faire l'effort de comprendre la profonde interrogation que Scott nous lance en plein visage. Il est évident que le film souffre de certains trous scénaristiques et d'incohérences scientifiques. Science-fiction est composée de deux mots, science et fiction, il a donc une grande part de fiction dans ce film et c'est ce qui nous permet de rêver un peu! Je n'ai pas la prétention d'être un tant soit peu scientifique, je ne connais pas les effets d'une tempête de neutrino et pour être honnête, je m'en balance complètement. Je n'allais pas voir un documentaire sur les dangers de l'espace mais bien un film de science-fiction!
Ces mêmes critiques professionnelles où de salon lui ont reproché l'incohérence de l'équipage qui n'agit pas scientifiquement. Certes, je suis d'accord que certains personnages sont cons mais quand je regarde autour de moi, la planète est remplie de cons! L'aspect humain est très important et généralement, les gens réagissent avec leurs émotions au lieu de leurs têtes. Ce n'est pas un peu ça que voulait démontrer le réalisateur peut-être? Le fait de pouvoir trouver une planète viable à moins de deux semaines ou lieu de 7 ans en hyper-sommeil, après avoir vu le capitaine cramer dans un caisson d'hyper-sommeil vous paraît incohérent? Désolé de vous le dire, mais vous feriez possiblement pareil, en tous les cas, moi je le ferais!
Visuellement, ce film est sublime! Les xénomorphes sont atroces, violents et sanguinaires. Michael Fassbender est tout simplement génial en David et Walter. Katherine Waterson en Daniels nous rappelle une jeune Ripley, frêle en surface mais forte et leader en profondeur. Ils sont aidés par un casting fort respectable qui les secondent bien dans l'histoire. Scott, se laisse de nombreuses portes ouvertes pour continuer son oeuvre et nous laisse avec un paquet de questions restées sans réponse et je suis curieux de savoir comment il va coller l'histoire de David avec Alien!
C'est marrant, mais le fait que David sont le concepteur de la forme de xénomorphe tel que nous la connaissons était une de mes théories! J'ai toujours pensé que l'Alien était une création de l'homme qui, indirectement ou non, avait oublié cette partie de son histoire. Que ce soit l'homme qui a crée le xénomorphe est prévisible mais tout simplement génial parce que je l'avais imaginé et même fait jouer en RPG! Je rigole là!
Pour bien l'apprécier ce film, faut être un fan, un vrai. Pas quelqu'un qui se targue d'avoir vu huit fois le premier et qui connaît tous les répliques du deuxième sans saisir la moindre parcelle de l'histoire! mais bien un fan qui comprend l'essence même du mythe que Scott a créé. 

Blade Runner 2049



J'ai hésité longtemps avant d'écrire sur Blade Runner 2049. Plusieurs raisons m'ont fait hésiter. Tout d'abord mon amour inconditionnel pour le film de 1982 de Ridley Scott. Ensuite le fait que ce soit un québécois qui réalise la suite et pour finir, je suis un fan fini de Philip K. Dick qui est le grand penseur derrière la philosophie des deux films Blade Runner. Mais bon, comme il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, voici donc mon appréciation du film!
Pour ce visionnement, je m'étais préparé. J'ai regardé le premier film, la version finale. Relecture du bouquin Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Écoute des trois courts-métrages sur la période entre le premier et le deuxième et beaucoup de Vangelis dans ma voiture! Mon esprit était Dickien, ma pensée était fusionnée avec les concepts de la réalité et de l'humanité. J'étais prêt! Ce film, je l'attendais depuis longtemps, je l'appréandais aussi. Me voilà donc parti avec quelques amis au cinéma. La musique de Tron : Legacy jouait dans la voiture, je me remémorais les scènes importantes du film de 82, le dialogue extraordinaire de Roy Batty et ma boîte à empathie était prête pour me connecter avec Mercer (je divague un peu là!)
Le film commence et je suis complètement absorbé dans cet univers de cyberpunk. 2h45 de rêve, d'immersion complète dans ce monde dystopique au reflet onirique. Un visuel à couper le souffle qui laisse dans son sillon tous les autres films de SF des 25 dernières années. La photographie de Roger Deakins est tout simplement géniale. Elle met les bases du monde pensé par Dick mais conceptualisé par Scott et Villeneuve. Les effets visuels sont sans fautes et représente très bien ce qu'est le cyberpunk. Que dire de la musique. Reprendre le flambeau d'une des plus grandes bande originale de film de l'histoire n'est pas chose facile. Bien que Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch ont réussi, en se basant sur le travail de Vangelis, à créer une ambiance musicale pour coller le spectateur sur sa chaise tout au long de la représentation. Par contre, elle ne dépasse pas celle du premier à mon avis.
La distribution est parfaite. Ryan Gosling nous sert une performance sans émotion physique dans le rôle de l'officier K. Le côté psychologique de ce personnage est fabuleux. Quelqu'un qui est à la recherche de son identité propre qui espère être unique et spécial. Une extraordinaire quête de soi dans un futur où la réalité d'un individu dans la société n'est plus certaine.
Jered Leto y joue un digne remplaçant de Eldon Tyrell dans son rôle énigmatique de Neander Wallace, fabricant de réplicants aux objectifs aussi nébuleux que son identité! Robin Wright dans son rôle du lieutenant Joshi. Un personnage très humain dans cette société qui l'est de moins en moins. En parlant d'irréel, Joi, l'IA jouée par Ana de Armas est géniale. Elle vient mélanger les cartes du questionnement sur l'humanité si important à Dick. Sylvia Hoeks, Luv, en réplicante exécutante des bases oeuvres de la Wallace compagnie ne laisse aucune doute sur sa nature. David Bautista complète très bien le tout avec son réplicant plus vrai que nature.
L'histoire de Blade Runner c'est avant tout d'essayer de répondre à une seule et unique question : Qu'est-ce qu'être humain? Dick était obsédé par cette question, elle a teinté toute sa carrière d'écrivain et dans les deux films, les réalisateurs ont essayé d'y répondre. Le film de Denis Villeneuve va encore plus loin que son prédécesseur en essayant d'y répondre en y insérant une variante supplémentaire, l'intelligence artificielle. K, le réplicant, Nexus 9, summum de l'ingénierie de Wallace compagnie. Un être obéissant, qui ne peut mentir, ne peut dévier de ses ordres, possédant des souvenirs implantés, il représente l'esclave parfait dans les mains de l'homme. Son créateur, Wallace, joue à Dieu en essayant de créer le réplicant parfait. Les deux sont à la recherche de quelque chose, un tout qui pourra les élever, les révéler. Pour K, c'est l'humanité. Pour Wallace c'est d'être l'égal de Dieu. Cette quête existentielle est racontée par Villeneuve de façon magistrale. Dans une LA encore noire mais qui commence à s'ouvrir sur un avenir plus éclairé, K cherchera les réponses lors d'une enquête sur un miracle qui c'est produit et qui concerne les réplicants. Je n'en dirais pas plus, pour ne pas divulgâcher l'histoire.
BR2049 est une oeuvre magistrale, contemplatif, lente, questionnant qui demande un effort intellectuel constant pour bien saisir le profond questionnement Dickien autour duquel il est construit. Un brillant hommage au film de Scott avec la touche magique de Villeneuve. Une suite qui poursuit l'aventure dans ce futur qui est beaucoup plus proche que nous pouvons penser. 2h45 de rêve qui implique un dur retour à la réalité. Un film qui va passer à l'histoire car il est ce que la SF peut nous offrir de meilleur. Villeneuve est un réalisateur de l'humain. Dans tous ses films, il parle de nous. Blade Runner 2049 ne fait pas exception à cette affirmation bien que, ici, l'humain n'est peut-être pas si humain. Je crois sincèrement que ce film, deviendra l'égal du premier. Un film au statut de culte.